
Il y a des victoires qui ne font aucun bruit. Elles se reconnaissent simplement à un chien qui n’a plus besoin d’avoir peur.
Un prince du désert, oublié dans le désert
Le saluki est l’un des plus anciens lévriers du monde. Pendant des millénaires, il a accompagné les peuples nomades du Moyen-Orient. Les Bédouins appréciaient son endurance, son intelligence, sa vue perçante et cette capacité presque irréelle à courir sur de longues distances. Compagnon de chasse, parfois associé aux faucons, il occupait une place singulière dans les traditions de la péninsule Arabique. On l’appelait parfois « le noble ».
À Abu Dhabi, son histoire fait encore partie du patrimoine. Et pourtant, il existe un contraste douloureux entre l’admiration portée à cette race ancestrale et le sort de certains chiens abandonnés. Il serait injuste de prétendre que personne n’aime les chiens aux Émirats : des habitants, des familles et des associations se battent pour eux. Mais les chiens errants n’y bénéficient pas tous de la même considération, et leur existence peut être particulièrement difficile.
Azar, près d’une ferme à Abu Dhabi
Azar vivait dans le désert, aux abords d’une ferme. Un endroit où un chien devrait pouvoir trouver la paix, mais où il avait appris à se méfier des êtres humains. Des enfants lui jetaient des pierres. Derrière cette phrase, si courte, se cache tout ce que peut subir un animal qui ne comprend pas pourquoi on lui fait du mal.
Il a finalement été recueilli par une association d’Abu Dhabi avec laquelle nous travaillons. Cette collaboration est essentielle : sans les personnes qui agissent sur place, beaucoup d’histoires ne pourraient pas prendre un autre chemin. Azar a ainsi pu quitter cette vie d’errance et de peur.
Un avion, Amsterdam, et une rencontre
Son voyage vers nous s’est fait par avion. Nous sommes allées le chercher à Amsterdam. Ce n’était pas seulement l’arrivée d’un chien dans un nouveau pays. C’était le début d’une relation à construire, avec de la patience, de la douceur et le respect de son rythme.
Un chien qui a connu les pierres et la peur ne décide pas du jour au lendemain que les mains humaines sont devenues bienveillantes. La confiance se gagne par de petits gestes répétés. On apprend à ne pas brusquer, à laisser de l’espace, à accepter les hésitations, à se réjouir des progrès que d’autres trouveraient insignifiants.
La plus belle des victoires
Nous avons accueilli Azar et travaillé à sa réhabilitation. Il a fallu lui montrer, jour après jour, qu’il pouvait vivre autrement. Que la proximité d’un humain n’annonçait pas nécessairement un danger. Qu’un foyer pouvait devenir un refuge au sens le plus profond du mot.
Aujourd’hui, ce que nous retenons de son parcours, c’est cette victoire : celle d’un chien autrefois maltraité qui a trouvé une nouvelle chance. Pour ASLAN, sauver ne consiste pas seulement à déplacer un animal d’un pays à un autre. C’est aussi l’accompagner après son arrivée, prendre le temps qu’il faut, et lui rendre peu à peu la possibilité de faire confiance.

Azar porte en lui quelque chose du désert dont il vient : cette élégance discrète, ce regard attentif et cette sensibilité qui rendent les salukis si particuliers. Mais son histoire n’est pas celle d’une race ou d’un pays. C’est celle d’un individu qui méritait d’être protégé. Et d’une victoire dont nous sommes profondément fières.
ASLAN — Depuis 2010, aux côtés des lévriers qui ont besoin d’une seconde chance.

