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ASLAN — Des lévriers, une seconde chance

Pourquoi l’Espagne abandonne-t-elle autant de lévriers ?

Des galgos affamés, mutilés, terrorisés. Des chiens jetés comme des objets usagés. Derrière les images insoutenables que diffusent les refuges espagnols se cache une réalité que les traditions ne sauraient excuser.

Il y a des images qu’on ne devrait jamais avoir à regarder. Des chiens réduits à l’état de squelettes. Des corps portant les traces de violences. Des galgos tellement terrorisés qu’une main tendue suffit à les faire trembler. Et puis il y a ceux qu’on ne retrouve jamais, ceux qui disparaissent dans la campagne espagnole, loin des regards et des refuges.

Chaque année, le même scénario se répète. Des associations récupèrent des lévriers affamés, blessés, abandonnés au bord des routes ou errant dans les champs. On parle de tradition. De chasse. De culture. Mais depuis quand une tradition donne-t-elle le droit de traiter un être vivant comme un déchet ?

La chasse au lièvre : une tradition qui a bon dos

En Espagne, les galgos sont notamment utilisés pour la chasse au lièvre, particulièrement dans certaines régions comme l’Andalousie, l’Estrémadure ou la Castille. On sélectionne les chiens pour leur vitesse, leur endurance, leurs performances. On les entraîne, on les fait courir, on les compare.

Et lorsqu’ils ne sont plus assez rapides ? Lorsqu’ils vieillissent ? Lorsqu’ils se blessent ou ne donnent pas les résultats espérés ? Pour certains propriétaires, ils ne valent plus rien. Des galgos sont abandonnés, parfois dans un état de dénutrition effroyable. D’autres portent des blessures qui témoignent de maltraitances.

Il existe des chasseurs qui prennent soin de leurs chiens. Fort bien. Mais leur existence ne doit pas servir de paravent à ceux qui les martyrisent. Ceux qui torturent, affament ou abandonnent leurs galgos ne sont pas les gardiens d’une tradition. Ce sont des maltraitants.

Quand l’abandon ne suffit plus : la barbarie

Il y a les galgos que l’on abandonne au bord des routes, affamés, épuisés, parfois à l’agonie. Et puis il y a les autres. Ceux auxquels leurs bourreaux réservent un sort encore plus abominable.

Des chiens brûlés vifs. Pendus par les pattes arrière. Mutilés. Des oreilles coupées, des blessures infligées au cou pour faire disparaître les tatouages permettant de remonter jusqu’au propriétaire. Des membres sectionnés pour empêcher l’animal de retrouver son chemin.

Oui, nous parlons bien de chiens. D’êtres vivants capables de ressentir la douleur, la terreur et le désespoir. Pas d’objets. Pas de déchets. Pas de matériel de chasse dont on se débarrasse après usage.

J’ai vu des choses que je n’oublierai jamais. Et aujourd’hui encore, je suis tombée sur Facebook sur une vidéo montrant une rangée de chiens suspendus par les pattes arrière.

Combien de souffrances faut-il infliger à un animal pour en arriver là ? Et quelle monstruosité faut-il avoir en soi pour regarder souffrir un être sans défense et poursuivre son supplice ? Qu’on ne vienne surtout pas me parler de traditions ancestrales, de coutumes locales ou de pratiques de chasse.

La torture n’est pas une tradition. C’est un crime. Et ceux qui commettent ces atrocités ne méritent ni indulgence, ni excuses, ni les précautions de langage derrière lesquelles on dissimule trop souvent l’horreur.

Pendant ce temps, des bénévoles ramassent les survivants. Ils soignent les blessures, nourrissent les corps décharnés et tentent de réparer ce qui peut encore l’être. Mais qui répare la terreur ? Qui efface la douleur ? Qui rend justice à ceux qui n’ont pas survécu ?

Je refuse que l’on banalise ces atrocités sous prétexte qu’elles dérangent. Ce ne sont pas les images de ces tortures qui devraient nous mettre mal à l’aise. Ce sont les actes eux-mêmes, leurs auteurs et l’impunité dont ils peuvent bénéficier. Le silence, lui, n’a jamais sauvé un seul galgo.

Ce que les refuges ramassent après le passage des bourreaux

Il faut avoir vu un galgo s’effondrer de peur lorsqu’on s’approche de lui. Il faut avoir vu ces corps décharnés, ces regards vides, ces animaux qui semblent avoir renoncé à attendre quoi que ce soit de l’être humain. Certains retrouvent confiance. D’autres mettent des années à accepter une présence humaine. Et certains conservent des séquelles physiques ou comportementales qui ne disparaîtront jamais.

Pas uniquement de jolies photographies avant-après, avec un chien maigre sur la première et un galgo endormi sur un canapé sur la seconde. Il y a parfois, entre les deux, des mois d’angoisse, de soins, de peur, d’échecs et de nuits sans sommeil. Les dégâts causés par la cruauté humaine ne s’effacent pas avec une couverture douce et une gamelle bien remplie.

La fin de la saison : quand le chien devient encombrant

L’abandon lié à la fin de la saison de chasse est une réalité suffisamment installée pour figurer parmi les motifs recensés par les études espagnoles sur les animaux recueillis. Qu’un animal puisse devenir encombrant parce qu’il ne sert plus à chasser devrait provoquer un scandale national.

Un galgo n’est pas un fusil qu’on remplace lorsqu’il fonctionne moins bien. Ce n’est pas un outil de compétition. Ce n’est pas une marchandise périmée. C’est un animal sensible, capable de ressentir la douleur, la peur, l’attachement et la détresse. Et celui qui décide de l’élever ou de l’utiliser devrait en rester responsable jusqu’à sa mort. Pas seulement jusqu’à la prochaine saison.

Une loi de protection animale… sauf pour les chiens de chasse

En 2023, l’Espagne a adopté une nouvelle loi nationale sur la protection et le bien-être des animaux. Mais les chiens utilisés pour la chasse ont été expressément exclus de son champ d’application, leur protection relevant d’autres dispositions légales. Un galgo serait-il moins sensible à la douleur parce que son propriétaire possède un permis de chasse ?

Cette exclusion ne légalise pas la torture ni la maltraitance. Mais elle traduit un choix politique : celui de ne pas soumettre les chiens de chasse à l’ensemble des règles prévues par cette loi pour les autres animaux. Et ce choix mérite d’être dénoncé sans détour.

Les autorités doivent cesser de regarder ailleurs

Combien de chiens devront encore être retrouvés dans un état lamentable avant que les contrôles deviennent réellement dissuasifs ? Il ne suffit pas d’interdire les mauvais traitements sur le papier. Il faut identifier les chiens, contrôler leurs conditions de détention, vérifier ce qu’ils deviennent et poursuivre ceux qui les abandonnent ou les maltraitent.

Il faut que la disparition d’un galgo puisse entraîner de véritables questions pour son propriétaire. Et il faut que les sanctions, lorsqu’une infraction est établie, soient suffisamment sérieuses pour décourager les récidives. Une loi qui n’est pas appliquée ne protège aucun animal.

Pourquoi les associations devraient-elles réparer ce que d’autres détruisent ?

Pourquoi faut-il que des bénévoles espagnols s’épuisent à récupérer des chiens abandonnés ? Pourquoi faut-il que des associations belges, françaises, néerlandaises ou allemandes organisent des transports, des collectes, des soins vétérinaires et des adoptions pour offrir une seconde chance à ces animaux ? Pourquoi la générosité de milliers de personnes devrait-elle compenser les actes de ceux qui se débarrassent de leurs chiens ?

Les refuges accomplissent un travail admirable. Mais leur existence ne doit jamais devenir une excuse pour laisser le problème se perpétuer. Les sauveteurs ne devraient pas être le service après-vente de la cruauté.

Le véritable scandale

Le scandale n’est pas que l’Espagne manque de personnes qui aiment les animaux. Elle en compte énormément. Des bénévoles espagnols se battent chaque jour, souvent avec des moyens dérisoires, pour sauver ces chiens. Ils méritent notre admiration et notre soutien.

Le scandale, c’est que leur dévouement soit encore nécessaire à une telle échelle. Le scandale, c’est que des chiens puissent être traités comme des objets jetables au nom d’une activité de loisir. Le scandale, c’est que l’on continue à invoquer les traditions lorsqu’il faudrait parler de responsabilité, de contrôles et de sanctions.

Chez ASLAN, nous aidons ces lévriers parce qu’ils ont besoin de nous aujourd’hui. Mais notre souhait le plus cher serait de ne plus jamais avoir à le faire. Parce qu’un galgo ne devrait pas devoir être sauvé pour avoir le droit de vivre. Et parce qu’un pays qui tolère que des animaux soient traités ainsi ne devrait pas s’étonner que ceux qui les ont vus souffrir refusent désormais de se taire.

Chaque lévrier sauvé laisse une empreinte dans notre cœur — lévrier noir au coucher du soleil

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