Pour beaucoup de gens, la chasse est une activité saisonnière. Elle commence, elle se termine, et chacun rentre chez soi. Pour les galgos utilisés comme outils de chasse, la fin de la saison peut marquer le début d’une tout autre histoire.
Car un chien qui ne court plus assez vite, qui se blesse ou qui ne répond plus aux attentes de son propriétaire peut devenir encombrant. Et lorsqu’un animal est considéré d’abord pour son rendement, son avenir dépend dangereusement de son utilité.
Des vies évaluées à la performance
Le galgo est un chien d’une élégance saisissante. Pourtant, dans certains milieux de chasse, ses qualités sont réduites à une seule question : est-il encore performant ? Un chien jeune peut être écarté parce qu’il ne chasse pas assez bien. Un autre peut être remplacé après une blessure. Un troisième peut vieillir sans avoir jamais connu autre chose qu’un lieu de détention et des sorties pour courir.
Il faut éviter les amalgames : tous les chasseurs espagnols ne maltraitent pas leurs chiens. Mais cette évidence ne doit pas servir de paravent aux abandons, aux négligences et aux violences documentés par les associations de protection animale.
Le refuge récupère les conséquences
Lorsque ces chiens sont abandonnés ou cédés, ce sont souvent les refuges qui doivent assumer la suite : nourrir, soigner, identifier, stériliser, rassurer et chercher une famille. Les bénévoles prennent en charge des animaux qu’ils n’ont pas fait naître, qu’ils n’ont pas exploités et dont ils doivent parfois reconstruire la confiance.
Une fracture peut se soigner. Une plaie peut cicatriser. La peur, elle, ne disparaît pas sur ordonnance. Certains galgos arrivent maigres ou épuisés ; d’autres semblent physiquement en bon état mais restent incapables de supporter une présence humaine trop proche.
Pourquoi l’adoption ne suffit pas
Chaque adoption change une vie. Elle ne change pas, à elle seule, le système qui a rendu cet abandon possible. Tant que la responsabilité du devenir des chiens restera transférée aux refuges et aux particuliers, les associations continueront à réparer les dégâts en aval.
La protection des galgos exige des contrôles effectifs, une traçabilité sérieuse, des sanctions appliquées lorsque la loi est enfreinte et une véritable responsabilité de ceux qui détiennent ces animaux. Elle exige aussi que le débat ne s’éteigne pas une fois les images les plus choquantes oubliées.
Un galgo n’est pas un équipement de chasse dont on se débarrasse à la fin de la saison. Il peut vivre de longues années après avoir cessé de courir. Ces années ne sont pas un surplus : elles lui appartiennent.

